Cause animale, Mes lectures

Lecture: Poèmes antispécistes & poètes véganes

Bonsoir les amis,  voici pour aujourd’hui un recueil de poèmes que j’ai gagné à un concours des éditions Virelangue.

J‘ai voulu faire simplement un commentaire et finalement je me suis prise au jeu. J’espère que ça vous donnera envie de le lire!

 

Attention poèmes noirs

Pour dénoncer une réalité noire.

Lecteur néophyte, fais un tour par ici, de l’autre côté de l’écran

Derrière les murs.

(Si tu es végane, tu apprécieras aussi)

D’ailleurs, quand nous les aurons dépassés ces murs, comment regarderons nous notre passé?

Je me demande.

En attendant, nous sommes en 2019.

Un festin macabre nous attend

Au tournant

Au « Junkie Cannibale« .

Seul sera invité l’humanimal*.

Une comptine enfantine cristalline

Peuplée de nos amies les bêtes

Dit la vérité qui nous embête

Ce à quoi on les destine

sur notre Planète Honnête.

Le message est-il passé?

Pas forcément. Je suis juste un peu vénère.

Il est temps de donner un coup de pied dans la fourmilière.

Révoltés, dénonciateurs, du fond du coeur

Les mots s’entrechoquent pour dire l’horreur

Voix humaines, voix humanimales

Nuit et abattoirs et gens sourds,

Cauchemar banal

sans cesse renouvelé chaque jour.

Comment lutter face à l’absurde

Si ce n’est par l’humour noir?

Circulez y a rien à voir

On assassine tout est normal.

Lisez le Circassien, la Princesse et l’Elephant

Prenez plaisir écrabouillez le système spéciste.

En prose et en alexandrins.

Je m’arrête là pour vous laisser la surprise.

 

Un recueil pour garder espoir,

Malgré le cauchemar.

Un recueil pour continuer le combat.

 

Sur le sites des Editions Virelangue

poemes antispécistes

Humanimal: l’humain tout simplement. Dans ce qu’il a de plus animal. Sens non péjoratif est-il besoin de préciser…

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Cause animale

Le spécisme et l’anti-spécisme dans le manga – Retour sur un Club de lecture

Bonjour à tous!

Ce week-end je voudrais vous parler d’un Club de lecture auquel j’ai participé ce vendredi 25 janvier, à la Librairie Le Renard Doré à Jussieu.

L’occasion pour moi de découvrir plein de nouveaux titres, je ne suis pas une lectrice de mangas c’est donc un nouveau monde qui s’ouvre devant moi!

Les intervenants:

Sita ou @sitatoutcourt: booktubeuse, illustratrice, créatrice de contenus sur les réseaux sociaux, elle a donné son avis sur les lectures présentées.

Thomas Lepeltier, conférencier, historien, philosophe des sciences, journaliste et enseignant à l’université d’Oxford, auteur de « La révolution végétarienne » et « L‘imposture intellectuelle des carnivores ».

Les thèmes abordés dans les mangas présentés sont très divers mais tous ont en commun d’interroger sur la posture spéciste de notre société, notamment en faisant intervenir des personnages animaux qui parlent et vivent comme des humains (ou à l’inverse en plaçant des personnages humains dans des situations que subissent les animaux). Cela rappelle quelque chose à certains de mes lecteurs… ?

Pour mémoire quelques définitions:

Spécisme: Discrimination basée sur l’espèce, qui fait de l’espèce en soi un critère moral pour déterminer la manière dont un être doit être traité.

En pratique, le spécisme est l’idéologie (plus ou moins assumée) qui justifie et impose l’exploitation et l’utilisation des animaux par les humains de manières qui ne seraient pas acceptées si les victimes étaient humaines. (Source : Les Cahiers Antispécistes)

L’antispécisme donc rejette cette discrimination. Courant de pensée philosophique et moral, formalisé dans les années 1970, il considère que l’espèce à laquelle appartient un animal n’est pas un critère pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter et de la considération morale qu’on doit lui accorder. L’antispécisme s’oppose au spécisme qui place l’espèce humaine avant toutes les autres. (Wikipedia)

A noter: les auteurs anti-spécistes ne prônent pas nécessairement une égalité de traitement ou une égalité de droits. Tout comme il serait absurde d’accorder à un homme (mâle) le droit à l’avortement, il est absurde d’accorder à une poule le droit à fréquenter l’université. En revanche les intérêts des individus (à vivre une vie heureuse, à ne pas souffrir) doivent être pris en compte de manière égale, indépendamment de l’espèce de ces individus.(Source : Wikipédia)

Je vais faire ici une brève présentation des mangas dont il a été question (même si pour l’instant je n’en ai encore lu aucun!). Bien sûr les auteurs ne sont pas nécessairement antispécistes, mais ils ont le mérite d’ouvrir une brèche!

Animal Kingdom – RAIKU Makoto

Dans le monde d’Animal Kingdom, les animaux les plus puissants imposent leur loi aux plus faibles. Raton-laveur de son état, Monoko découvre un jour un bébé humain abandonné dans un panier qui dérive le long de la rivière. Elle décide de l’adopter et de l’élever comme elle peut, malgré les dangers permanents qui règnent dans la jungle. Si le petit d’homme n’a pas de griffes ou de crocs, il possède en revanche un don bien plus précieux: celui de comprendre et de parler le langage de tous les animaux!

Les Royaumes Carnivores – HATA Yui

Dans un monde dirigé par la tribu royale, la famille des Lions, règnent d’une main de fer sur les autres espèces animales. Véritables tortionnaires et « fins gourmets » ils ne considèrent les espèces végétariennes que comme leur nourriture. La tribu des gazelles de Thomson est épargnée c’est pour une seule et unique raison: les lions n’aiment pas le goût de leur chair…

La gazelle Buena décide un jour de se révolter contre ces tyrans elle part à la recherche de la dernière guépard blanche, seule à pouvoir l’aider dans sa lutte.

(Voilà qui va nous changer du Roi Lion!!!)

The Promised Neverland – Kaiu Shirai

Emma et ses amis, tous orphelins, ont été placés dans un établissement spécialisé lorsqu’ils étaient tout jeune.Bien que leur liberté soit limitée et que les règles soient parfois un peu strictes, ils mènent une vie agréable tous ensemble et la femme qui s’occupe d’eux est généreuse. Mais pourquoi n’ont-ils pas le droit de sortir de l’orphelinat?

Beastars – ITAGAKI Paru

A l’institut Cherryton, herbivores et carnivores vivent dans une harmonie orchestrée en détail. La consommation de viande est strictement interdite et les dortoirs sont séparés en fonction des régimes alimentaires. Tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes… jusqu’au jour où le cadavre de l’alpaga Tem est retrouvé déchiqueté sur le campus. Un climat de terreur s’abat sur le pensionnat. Une véritable lutte de pouvoir s’organise…

(Au fait que mangent habituellement ces carnivores civilisés ?)

Maintenant place au débat !!!

L’originalité de cette présentation tient à l’introduction dans le débat anti-spéciste actuel de la question de la souffrance des animaux sauvages dans la nature. Nous interrogeons habituellement notre propre comportement à l’égard des animaux (est-il juste de les tuer pour s’en nourrir? de les tuer pour se vêtir? de les chasser ou de les enfermer, etc, et il y a consensus pour dire que ce n’est pas acceptable d’un point de vue éthique ). Mais qu’en est-il des animaux qui subissent la prédation, ou autres formes de violence qui ne sont pas le fait de l’Homme?

Un point de vue interventionniste est défendu par le philosophe Thomas Lepeltier, selon lequel l’éthique nous oblige à réfléchir sur cette question: comment pouvons-nous réduire la souffrance des animaux sauvages?. Des « pistes » sont proposées, via la fiction: quand la logique bute peut-être l’imagination peut nous venir en aide. Thomas Lepeltier a très justement rappelé que nous avons tendance à idéaliser Mère Nature, et que « une espèce » n’a pas en soi d’intérêt à vivre, alors qu’un individu, si. La mort d’un animal prédaté par un autre peut durer une heure, sans parler de ceux qui sont blessés et agonisent sur plusieurs jours… pourquoi avoir moins d’empathie pour eux que pour les animaux exploités par l’Homme ?

Comme on peut s’en douter ce point de vue interventionniste n’a pas manqué de susciter des réactions (une bonne partie de la salle était végane, une plus petite partie se considérait antispéciste). Je ne vais pas pouvoir en faire un compte rendu détaillé ici, je me limiterai à dire que cette soirée m’a ouvert l’esprit et m’a donné envie d’en lire et d’en savoir plus.

Pour ma part, j’avouerai que l’idée de l’intervention de l’Homme dans la nature m’a toujours donné des cauchemars (mais peut-être est-ce surtout dû à l’époque à laquelle je vis…). Certains ont rappelé assez justement qu’on déplaçait l’ « énorme » problème humain sur les animaux…

Je pense qu’à l’heure de la crise écologique, où nous perdons de plus en plus de forêts et d’espaces sauvages, ou nous vivons la sixième extinction de masse, ce n’est pas d’actualité d’agir sur les animaux sauvages et que nous devrions plutôt nous concentrer sur nos propres comportements… en cessant de consommer de la viande et autres produits d’origine animale, par exemple, nous faisons d’un pierre deux coups sinon trois: nous épargnons des vies et beaucoup de souffrances, nous préservons notre environnement… et c’est meilleur pour notre santé.

Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet. Ce sera peut-être l’objet d’un prochain article.

Voilà donc de quoi enrichir ma P.A.L.

Voici également un essai que j’ai acheté récemment et qui propose des pistes pour vivre avec les animaux demain… en les respectant. Zoopolis Une théorie politique des droits des animaux

Déjà lu : L’imposture intellectuelle des carnivores

Après l’effort, le réconfort: La soirée s’est clôturée sur la dégustation de délicieuses pizza « Happiz » (véganes).

mangas

Mes lectures

Lecture: Une décision d’injustice de Corinne Morel

Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la législation.

Montesquieu

Cet essai relate une affaire incroyable et très inquiétante, ou pour la première fois un auteur plagié s’est vu dépossédé de ses droits sur son œuvre. J’en avais entendu parler il y a quelques mois et je voulais être au fait de cette histoire, qui me paraissait surréaliste, et parce qu’en tant qu’auteure moi-même je me sens directement concernée.

L’affaire dont il est question a débuté en 2013 et se poursuit toujours. A l’heure actuelle, une pétition circule sur le net et l’auteure a créé une association « Au nom du peuple » (à ne pas confondre avec le slogan de campagne de Mme Le Pen – précisions dans l’ouvrage)

Au regard de la loi, le plagiat est un délit. Personne n’a le droit d’acheter un livre et de le reproduire sur Internet ou ailleurs, sans le consentement de l’auteur et sans citer l’auteur. C’est pourtant exactement ce qui a été fait. L’auteure a porté l’affaire en justice : son livre plagié (reproduit à la virgule près) s’était retrouvé diffusé pendant plusieurs années sur des dizaines de sites professionnels.

Peut-être certains seront tentés de penser, en lisant le titre de l’oeuvre en question –Le Guide du Tarot, les Arcanes majeurs- qu’un ouvrage sur le Tarot, ce n’est pas sérieux. C’est une œuvre « technique », on retrouve(rait) à peu près la même chose dans un autre ouvrage sur le Tarot. J’invite tous ceux qui seraient tentés de se voiler la face de cette façon à lire Une décision d’injustice et ils verront ce qu’il en est. En fait, tout œuvre de l’esprit est censée être protégée, dont les livres (littéraires, artistiques, scientifiques), la loi ne prévoit pas une discrimination particulière pour les ouvrages parlant du Tarot. Ironie de ma part.

Cette décision d’injustice a été prise non sur base de la loi, mais sur la base de « l’appréciation souveraine des juges ». (Les plagiaires se sont efforcés de prouver que l’oeuvre de Mme Morel n’était pas originale, alors même qu’ils l’avaient copié servilement) Cette histoire devrait nous faire un électrochoc. C’est un pas vers la légalisation du plagiat. C’est non l’affaire de plagiat qui a été jugée, mais l’oeuvre de Mme Morel. Et sa défense, pour prouver que son oeuvre était bien originale donc, a été systématiquement écartée.

Lire en détail son parcours du combattant nous laisse pantois. La machine judiciaire se tranforme en une effroyable machine à broyer. Il est intéressant de le lire pour voir comment les rouages peuvent se retourner contre la victime (le chapitre sur la QPC est éclairant). A l’issue de la décision de la Cour d’appel, elle se voit condamnée à payer 42000 euros… à ses plagiaires. Une situation et une somme kafkaïenne.

Comment expliquer cette décision obscure, incompréhensible ? De l’arbitraire. La « souveraine souveraineté du juge souverain ». Une succession de lâchetés… et une basse vengeance, peut-être.

En conclusion, en particulier si vous êtes auteur-e- ou dans le milieu de l’édition, je recommande ce livre révélateur ou du moins prenez connaissance de cette affaire….

Ici la pétition

Mon mot à dire

« La neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté. » Elie Wiesel

Decisiondinjustice

Cause animale

Lecture: La guérilla des animaux de Camille Brunel

Capturelaguérilla

Où l’acheter? Ici

Résumé:

Comment un jeune Français baudelairien devient-il fanatique de la cause animale ? C’est le sujet du premier roman de Camille Brunel qui démarre dans la jungle indienne lorsqu’Isaac tire à vue sur des braconniers, assassins d’une tigresse prête à accoucher.

La colère d’Isaac est froide, ses idées argumentées. Un profil idéal aux yeux d’une association internationale qui le transforme en icône mondiale sponsorisée par Hollywood. Bientôt accompagné de Yumiko, son alter-ego féminin, Isaac court faire justice aux quatre coins du globe.

 

Mon avis:

Alors voilà on m’en a parlé et décidément il fallait que je le lise alors c’est chose faite.

Je craindrais de trop spoiler en racontant l’intrigue de ce roman que j’ai lu d’une traite, alors, je vais essayer de faire au mieux pour vous donner envie de le lire.

Pour ceux qui n’en seraient pas sûrs, c’est bien de notre monde et de notre époque qu’il s’agit… Notre Terre où « la Passion des animaux commence juste » avec la guerre impitoyable que notre espèce mène contre ce qu’il reste du monde animal sauvage, et extrapolation sur les quelques décennies qui vont suivre…

Le ton est donné dès le premier chapitre. Isaac Obermann est un justicier pour le monde animal. Il ne craint pas de recourir à la violence. Sa position est claire, réfléchie et argumentée tout au long de l’histoire, au gré d’une discussion, d’une conférence.

« On a trop longtemps considéré que les crimes contre l’humanité ne visaient que les humains, alors que les massacres de loups, de bovins, de baleines, constituent des crimes contre l’humanité aussi -ce sont des portraits d’homo sapiens en trou béant, sans regard, l’âme crénelée tout juste bonne à égorger ce qu’elle rencontre. Je l’attaquerai sans relâche. On ne m’aimera pas. »

L’histoire suit son périple au tour du monde, de l’Inde à l’Océan Arctique, puis à Paris, Brasilia et Taiji, en Chine, et en Afrique. Chasseurs de trophées, tueurs de baleines, font les frais de sa guérilla qui lui vaut d’attirer l’attention des médias. Rejoint dans sa lutte par son alter ego et bientôt amour Yumiko, sponsorisé par Hollywood, il se transforme rapidement en un héros, une légende. Pour le meilleur et pour le pire…

Le roman prend aux tripes et ne vous lâche pas jusqu’à la fin. La vision que l’auteur a de l’humanité est très pessimiste. En témoigne le chapitre 53 « Walkyries », sidérante vision à moyen terme de notre avenir, de celui des animaux et de notre planète… Essayez de le lire en écoutant la Chevauchée des Walkyries de Wagner….

La cruauté, envers le monde animal, révoltante et absurde, le cynisme de l’être humain qui atteint des proportions qui -à la réflexion- ne sont même pas exagérées, sont dépeints avec ce qu’il faut de ce qu’on va appeler « humour noir ». Lui répond la violence, vengeresse et sans état d’âme, des deux  guérilleros .

Tout paraît sans espoir. Néanmoins quelques notes positives sur la fin m’ont donné le sentiment de respirer (comme un dauphin qui se noie…)

« La respiration faisait le même bruit aussi, remarqua Timmy, et la couleur du sang était identique dans les poches translucides. On avait dit tant de mal des animaux, et pendant si longtemps. Le garçon n’était pas peu fier d’être né aussi tard, à l’ère de l’Humilité, telle qu’il la baptisa lui-même à cet instant. »

En refermant ce livre, je me demandais ce qu’était devenu mon moral. Est-ce qu’il avait plongé à des profondeurs abyssales ou est-ce qu’il était désormais empêché d’aller trop bas non plus ?

En conclusion, je recommande ce roman qui est une lecture nécessaire en même temps que captivante.

Bonne année 2019 à tous et en particulier aux animaux qui auront survécu.

La Terre Des Murmures

La découverte (extrait)

Bonjour les amis , voici donc comme promis un extrait du second chapitre de la Terre des Murmures,

Passez de bonnes fêtes et tout plein de lecture!

 » Maëlenn longea le fleuve, à grandes enjambées, d’un lampadaire à l’autre, ses trekkers martelant la rive bétonnée. A cette heure, il n’y avait pas grand-monde et elle croisa simplement un cycliste et un coureur à pied, ainsi que quelques corneilles qui croassèrent sur son passage comme pour la saluer.

« La voix dissonnante des corbeaux est là pour rappeler que j’existe. »

Il n’y a pas si longtemps, Maëlenn était un corbeau, elle aussi. Elle se permettait de croasser gaiement chaque fois que quelque chose lui déplaisait. Cela faisait plusieurs années qu’elle avait arrêté de croasser. Elle s’était elle-même réduite au silence quand elle s’était aperçue que les gens -qu’il s’agisse de sa famille ou de Paul- faisaient comme s’ils n’entendaient rien. Il valait mieux les bercer de contes de fées et leur chanter les litanies qu’ils aimaient entendre…

Elle atteignit le pont et le traversa pour gagner l’autre côté de la ville.

Sous ce même pont, huit ans auparavant, quelqu’un avait abandonné un carton dont les rabats claquaient dans le vent. Maëlenn s’en souvenait comme si c’était hier. Un jour de juillet, la période des grandes vacances, un temps orageux et lourd, les nuages n’allaient pas tarder à crever, quand le vent aurait réussi à faire décoller ce fichu carton après avoir précipité son contenu inutile dans les eaux noires …

De toute évidence, ce carton trop lourd était habité par quelque chose qui n’aurait pas dû y être, et qui avait incité Maëlenn à s’approcher. Dans la pénombre, elle avait alors rencontré deux coins de ciel limpides que les nuages noirs n’avaient pas réussi à recouvrir, et qui lui avaient instantanément remonté le moral. Des nuages noirs, il en avait aussi sur sa robe, sur un fond blanc de lait. C’était tout. Il était seul, sans frères, sans soeurs, il n’y avait rien de plus dans le carton, ni message ni objet magique (le pendentif dont Maëlenn se servait pour faire des prédictions lui serait offert par une voyante douteuse des années plus tard), rien qui laissât entendre que cet animal était une créature peu ordinaire. Il n’était qu’un chaton abandonné comme il y en avait des milliers d’autres à la même période.

A la maison, accueil plutôt froid. Maëlenn s’y était attendu. Elle n’avait pas le droit de ramener des animaux à la maison, c’était encombrant. Surtout en cette période de grandes vacances, la famille allait partir dans une semaine. Qu’est-ce qu’on en ferait, à ce moment-là?

Toujours les mêmes questions, les mêmes problèmes, les mêmes nuages qui s’amoncellent, tandis qu’au dehors l’averse éclatait et le tonnerre grondait derrière leurs joues toutes boursouflées d’importance. Interdisant au coeur de parler. Maëlenn s’était demandé si ses parents s’étaient posé le même genre de questions quand ils avaient décidé d’avoir un enfant.

« Qu’est-ce qu’on en fera quand on s’apercevra qu’elle croasse comme un corbeau? »

Elle avait ramené le chaton dans sa chambre et allumé la lumière pour disperser l’obscurité ambiante. Le nom de l’animal lui était alors venu comme si celui-ci le lui avait transmis par télépathie. Perce-nuage. Elle n’avait aucune expérience en soins animaliers mais par chance, Perce-nuage était sevré. Il fut très content de déguster dans une petite assiette quelques morceaux de poulet que Maëlenn trouva dans le frigo et qu’elle réduisit en petites miettes. Après quoi, le chaton alla s’installer sur le radiateur éteint, sous la fenêtre de Maëlenn, pour contempler la pluie qui tombait en cordes.

Comme Maëlenn s’en aperçut au fil des jours qui suivirent, Perce-nuage n’était pas du tout joueur. C’était même surprenant pour un felis catus de cet âge. Il devait avoir trois mois tout au plus. Elle se demanda même s’il n’était pas malade. Son passe-temps favori consistait à s’accroupir devant les fenêtre, sur le bureau, sur le fauteuil, et à rêvasser. Rêvasser était le mot. Plus d’une fois, elle vit sa petite tête se pencher en avant devant la vitre, paupières closes, perdu dans une contemplation qui n’appartenait qu’à lui. Il avait la vie d’un chat qui aurait dix fois son âge. Après tout, pensait Maëlenn, les chatons sont sans aucun doute comme les enfants humains: il y en a qui jouent et d’autres qui préfèrent rester tranquilles. Son regard bleu, quand elle lui parlait, était confiant. Non, il n’était pas malade, finalement. Juste serein. Mais la date fatidique approchait (jamais la petite Maëlenn n’aurait pensé que la venue de ses vacances lui mettrait une telle barre de soucis sur le front). Il fallait trouver une solution. En désespoir de cause, la fillette qu’elle était alla toquer à toutes les portes du Quai des Fous, sa boule de poils dans les bras, jusqu’à trouver une vieille voisine qui ne partait plus en vacances, avait déjà trois chats et ne répugnait pas à s’occuper d’une boule de poils supplémentaire, surtout que celle-ci était particulièrement peu remuante. Maëlenn avait dit au revoir à Perce-nuage avec un pincement au coeur (si ça n’avait tenu qu’à elle, elle se serait arrangée pour le fourrer dans sa valise, et tant pis pour l’ambiance épouvantable que cela aurait fichu quand ses parents s’en seraient aperçus) et lui l’avait contemplée une dernière fois de ses yeux confiants, comme si tout était normal. Quand elle était revenue, deux mois plus tard, Perce-nuage avait bien grandi. Ses yeux étaient restés bleus, en pâlissant un peu toutefois, pour devenir semblables à ceux d’un Persan. Avec un regard plus perçant, aussi. Il l’avait reconnue, suivie jusque chez elle. Trottant pour la rejoindre le long de la berge herbeuse. La vieille voisine en avait été un peu déçue. Maëlenn, elle, était restée médusée. Peut-être se souvenait-il du goût du poulet. Non, il l’avait simplement adoptée, adopté elle et sa maison, ce serait celle-là et pas une autre.

Maëlenn, seize ans, passa à côté de l’espace sous le pont qui sentait l’urine, avant de prendre la direction de sa maison un peu plus loin sur le quai. Cette fois-ci, il n’y avait pas de carton.

*

Je suis Perce-nuage.

Je suis mort, quelque part sur la Terre Sonore, il y a une éternité. Mais ne vous offusquez pas si vous me trouvez un peu bavard pour un mort: Tous les chats ont droit à au moins neuf vies. Je ne suis plus tout à fait le même, et en même temps c’est toujours moi. Je suis en ma Seconde vie, et ma Seconde vie se déroule sur ce que les humains, ici, appellent la Terre des Murmures.

J’aime bien cette Seconde Vie où nous sommes infiniment plus respectés que dans la Première. Je suis mort d’un coup de fusil, -maudits soient ces humains qui croient, en tirant ainsi sur d’autres animaux, affirmer une position dominante qu’ils n’ont jamais eue!- et je m’en souviens très bien par delà les secondes d’éternité que j’ai l’heur de vivre ici; aussi je souhaite, quand il faudra mourir de nouveau, qu’il s’agisse simplement de l’effet de ma naturelle vieillesse.

Ma compagne dans ce monde s’appelle Emeraude. Elle prétend avoir voyagé plus loin que moi, – elle en est à sa Quatrième vie, et peut désormais faire comme elle le désire se rendre dans l’un ou l’autre monde- mais je ne suis pas pressée de suivre la voie qu’elle a choisie. Je désire encore m’attarder longtemps sur la Terre des Murmures et en particulier dans le Jardin des Songes, où toute notre nature de chats civilisés peut pleinement s’exprimer.

Mais laissez-moi, d’abord vous parler de la Terre des murmures, que nous les chats appelons simplement : Seconde Vie.

Seconde Vie ressemble beaucoup à la Première, qu’on appelle aussi la Terre Sonore. On dirait presque deux soeurs jumelles. Par le passé, certains êtres humains s’ étant aventurés par mégarde, ou par folie, sur Seconde Vie l’ont prise pour les Enfers, pour l’éternel lieu de rachat des péchés ou je ne sais quelle autre sottise. Pour autant, elle est bien habitée par des femmes et des hommes qui ne sont point d’éternels damnés, ni des démons (disons, pas plus que ceux qui habitent la Terre Sonore) et par une multitude d’espèces animales et végétales dont la plupart me sont -je l’admets- certainement inconnues.

Toutefois, il y a une différence, elle vous paraîtra peut-être de taille: Tout le monde ou presque sur Seconde Vie admet que les animaux parlent, que les arbres murmurent et que la Terre chante.

La transmission de la pensée et de l’émotion d’un être à un autre est pour nous une évidence, sauf pour ceux qui décident de rester sourds pour toujours à autre chose qu’à leurs intérêts égoïstes.

Non que cela change grand-chose dans nos relations.

Par exemple, les chats que nous sommes sont toujours l’espèce supérieure sur cette planète. Les humains, en général, viennent juste en-dessous de nous: ce sont nos serviteurs. Ensuite, je placerai les Galathans, qui, quoiqu’un peu sottes par certains aspects, sont des créatures assez remarquables parce que… mais je vais arrêter là ma classification, sinon Emeraude va m’en vouloir. Emeraude déteste toute forme de hiérarchie…

Je ne pensais pas un jour être amené à revenir sur la Terre Sonore. J’ai entendu un cri, un cri trop bien connu dont je ne pensais pourtant pas avoir conservé la mémoire, et qui résonnait par-delà l’éternité d’insouciance qui était la mienne. Et je me suis souvenu le visage qui allait avec ce cri. Myha était déjà venue à plusieurs reprises au Jardin des Songes. C’est sa présence là-bas d’ailleurs qui a contribué à ma prise de conscience de l’éternité.

Alors, je suis revenu.

A cause d’elle. Myha. »

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La Terre Des Murmures

Journal de bord de la Terre des Murmures (5): La musique

Bonjour à tous,

Aujourd’hui je voudrais vous parler de mon expérience concernant le fait d’écrire avec un fond musical…

J’ai abondamment écouté de la musique pendant la rédaction de la Terre des Murmures. Ca tombait bien : pour un roman de ce genre, la musique fantasy, médiévale, celtique ou même steampunk peut être trouvée en abondance sur le net. J’ai fait de belles découvertes.

Quelle sorte de musique écouter ?

Pendant que l’on écrit, les musiques d’ambiance, douces et sans paroles, sont sans doute les plus agréables et les plus inspirantes. Elle ne dérangent pas la rédaction mais agissent sur le cerveau, de façon plus ou moins consciente.

A choisir, bien sûr en fonction du « ton » du passage que vous êtes en train d’écrire. J’ai listé ci-dessous quelques morceaux qui correspondaient bien à certains de mes passages et qui ont « bercé » mon écriture:

Paix et féérie

Solitude et Mélancolie

Angoisse

Héroïque

Nature mystique

Ecouter de la musique pendant que l’on écrit est une pratique controversée.

Lorsque l’on démarre sur une page blanche, sans idées, est-ce la meilleure méthode ? Je n’ai pas de conclusion définitive. Je me suis lancée parce que je voulais me mettre dans l’ambiance de mon roman. Chacun son vécu!

Pendant ces deux années de voyage, j’ai souvent eu le sentiment de « dériver » dans mon écriture, de rallonger inutilement la sauce sous l’influence des morceaux que j’écoutais. Certaines musiques sont propices à faire naître des émotions et des idées, quand on manque d’inspiration. La musique associée à des images encore plus !

En revanche, lorsque je fais face à un problème de cohérence de mon récit (pour moi, un cauchemar récurrent !) je préfère éteindre le son et me concentrer dans le silence. Et je me suis aperçue par moments que le silence est en fait mon meilleur allié pour travailler vite !

J’ai classifié les musiques en plusieurs catégories :

  • les musiques d’ambiance avec mélodie, idéales pour écrire (ci-dessus)

  • les musiques d’ambiance sans mélodie, intéressantes également bien que quand j’écris j’ai un peu tendance à oublier qu’elles m’accompagnent. Ici une agréable Ambiance Coin du feu 

  • les musiques avec mélodie et un peu plus dynamique, agréables à écouter pour elles mêmes mais pas forcément adaptées pour l’écriture parce qu’elles vous déconcentrent… (en particulier lorsqu’elles contiennent des paroles!)

Joignant l’utile à l’agréable pour absolument tout le monde chez moi, j’ai découvert également des musiques spéciales pour les animaux. Elles ont l’avantage de relaxer mes louloutes pendant que j’écris et produisent un agréable fond sonore pour moi-même. Elles peuvent d’ailleurs correspondre à certains passage de mon roman. Les animaux aiment la musique , alors ne soyons pas égoïstes : Musique pour petits lapins.

Détail important : La musique a un rôle particulier dans l’histoire que je raconte.

Perce-nuage n’hésitera pas à vous le rappeler. D’ailleurs, à ses heures perdues, il joue de la rondrevièle  (pour le meilleur et pour le pire).

PercenuageViele2

« Nous avons une légende qui dit que c’est la musique qui fait que notre monde tient sur ses bases. J’imagine que lorsque tu te promenais dans le ciel avec tes ailes de corbeau, tu as dû ressentir cette impression… comme si les nuages murmuraient, non?

Alors voilà, moi aussi il m’arrive de l’entendre, à ma modeste hauteur puisque je cours sur le sol, j’entends le chant qui émane de la terre, des végétaux et de la multitude des petits animaux qui courent au ras du sol… j’entends le chant des forêts, des arbres et des lacs… »

« Tout le monde ou presque sur Seconde Vie admet que les animaux parlent, que les arbres murmurent et que la Terre chante. »

La Terre des Murmures (extraits)

 

La Terre Des Murmures

Journal de bord de la Terre des Murmures (4)

Bonjour les amis,

Je n’ai pas choisi de titre pour cet article parce que c’est un peu la confusion ces derniers temps… En ce moment j’ai eu beaucoup de choses différentes à faire et du coup l’achèvement de mon roman en cours traîne….

Un peu fatiguée face à ce « pavé », je me suis dispersée en commençant à écrire des nouvelles dont l’une est disponible à la lecture dans mon précédent article.

Mais pas de panique, voilà, enfin je me suis remise à la « Terre des Murmures » depuis quelques jours… !

Ce ne sont pas les idées de sujets qui me manquent en particulier sur les difficultés rencontrées. J’ai par exemple dû passer un certain temps à « cerner » l’un de mes personnages dont je n’arrivais pas à saisir vraiment toute l’ambiguïté. Il n’est ni vraiment bon ni vraiment mauvais, et il fallait que j’arrive à rendre cohérentes les décisions qu’il prenait. J’ai trouvé une première astuce en parlant à la première personne en son nom, cela me permet de me mettre « à sa place » pour le coup. Il n’est d’ailleurs pas exclu que je prenne à nouveau de la distance et que je le remette à la troisième personne par la suite, parce qu’il ne s’agit pas du personnage principal.

Un collègue écrivain (merci Elijaah Lebaron) m’a proposé une méthode pour mieux définir un personnage consistant à définir chez lui trois « valeurs » qu’il apprécierait et trois « aversions » correspondantes. Par exemple la justice, la générosité et la souplesse contre l’injustice, l’égoïsme et la rigidité. Ceci en tenant compte de l’irrationalité de l’être humain qui peut apprécier certaines valeurs tout en ne les respectant pas vraiment (!)

Ensuite, j’ai eu de nouveaux noms de lieu et de nouveaux personnages à décrire…. Là aussi, la difficulté guette : Comment pensent-ils ? Comment vivent-ils les évènements ? Et cela amène évidemment d’autres questions : quel est leur passé ? Quelle est leur relation avec les autres personnages ? Pourquoi vivent-ils les évènements de cette façon ? Penser leur psychologie repousse d’emblée tout manichéisme.

Et puis, je ne suis pas satisfaite des noms de lieux, de peuples et de personnages. J’en ai déjà changé quelques uns et je vais sans doute en modifier d’autres…

Bref, encore du pain sur la planche !