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Les Prénoms (extrait)

Bonjour à tous,

Voici un petit extrait de la nouvelle que j’ai proposé au concours 2018 de ma ville, sur le thème de l’espoir…

Christophe, Myriam et leurs enfants rentrent de leurs vacances d’été passées en Bretagne un jour d’étouffante canicule. Tandis qu’ils sont pris dans les embouteillages, ils viennent à croiser la route d’un autre véhicule chargé de passagers que Christophe préférerait oublier. Mais parviendra-t-il à tromper la curiosité décidément bien gênante de sa fille et de son fils?

« Dans une minute, la voiture devant moi va avancer. »

C’est ce que se dit Christophe à présent pour se donner du courage. Mais une minute passe et la voiture devant eux n’avance pas. Christophe recompte alors la minute suivante. Un, deux, trois, jusqu’à soixante. Pendant ce temps, la petite Sabine à l’arrière, sans en informer personne, entame silencieusement un décompte jusqu’à mille. Elle est très bonne en calcul, c’est ce qu’on lui a dit à l’école. Du coup, elle aime les chiffres, et c’est pour ça qu’elle demande toujours « le nombre de kilomètres », c’est plus intelligent que de demander seulement « on arrive bientôt? ». Alors, la prochaine fois, elle pourra dire à ses amis qu’elle sait aussi compter jusqu’à mille. Elle fera certainement des jalouses, cette pimbêche d’Emilie, par exemple.

« Et quand j’aurais atteint mille, on aura certainement avancé. »

Une heure plus tard, la circulation s’est désengorgée. Il fait toujours aussi chaud mais désormais on peut ouvrir les vitres.

…997, 998, 1000.

Moi, je sais compter jusqu’à mille, dit Sabine fièrement.

Vraiment? C’est très bien ma chérie, dit Myriam.

Tu peux compter le nombre de cochons dans le camion maintenant? demande Jonathan.

Il y a un camion avec des cochons? Je ne le vois pas…

Le camion est du côté de Jonathan et Christophe s’est empressé de le dépasser. La vue d’un groin couvert d’écume blanche l’a passablement déprimé. Il ne manquerait plus qu’il faille expliquer aux enfants que les porcs ont chaud et soif eux aussi. Mais ce camion joue à cache-cache avec eux depuis au moins un quart d’heure. Sans doute pressé d’arriver à sa destination finale, il n’arrive pas à décider s’il veut se placer avant ou après eux…

Là, dit Jonathan en montrant du doigt par la fenêtre ouverte, mais il sont cachés…

Puis il se retourne et demande:

Comment ça s’appelle un camion qui transporte des cochons?

Une bétaillère, répond son père à contre-coeur.

Pour se donner espoir, il s’est concentré sur l’idée qu’on peut toujours trouver plus mal loti que soi. C’est la bétaillère remplie de cochons qui lui a donné l’idée. Là-dedans, ils sont entassés les uns contre les autres, obligés de se tenir debout et pas la moindre goutte d’eau à disposition (Il essaie vaguement de s’imaginer dans cette situation). Si le conducteur freine un peu trop brusquement, ils se cassent une jambe. Enfin, le trajet que les Revon effectuent en ce moment est censé -si tout se passe bien- les mener vers la suite de leur existence (et accessoirement vers une soirée canapé-télé-pizza dans la fraîcheur bienvenue de leur pavillon de banlieue). Les porcs, même s’ils ne le savent pas encore, n’ont pas de « suite ». Ils se dirigent tout droit vers une espèce de boîte noire pas très nette dont Christophe ne veut plus entendre parler, et sont destinés à finir en jambon (dans la pizza peut-être) et puis ensuite avalés, digérés, déféqués… On peut difficilement imaginer pire…

Ah, je la vois la bétaillère, dit Sabine. Dis, P’pa, pourquoi elle tourne? Les cochons ils tournent aussi dedans?

Ton père a dit: une bétaillère, pas une bétonnière, dit Myriam.

Sabine s’obstine à confondre les « bétaillères » avec les camions à béton. Christophe ne voit pas pourquoi. Quel est le rapport? Il s’imagine désormais dans le ventre rotatif de la bétonnière à marcher en compagnie d’une foule de cochons terrorisés, s’efforçant de ne pas perdre l’équilibre.

Il manquerait plus que ça, devoir faire de l’exercice par cette canicule en attendant le couperet final.

Jonathan rigole et se moque de sa soeur.

Ce n’est pas un camion à cochons, ça c’est plutôt un camion à charcuterie!

Brusquement, la mémoire revient à Christophe: dans le système d’élevage actuel, on nomme les vaches, poules et cochons du « minerai ». Quand ils sont broyés et désossés, on appelle ça aussi du « minerai » de viande, c’est un sous-produit, des bouts de gras qu’on retrouve après dans les lasagnes et autres plats préparés…

Ah, les voilà!

Misère de misère: le camion maudit s’est placé juste à côté d’eux. Pas d’échappatoire possible: le bouchon s’est reformé devant eux.

Dis, Maman, on peut sortir et leur donner de l’eau?

Non, ma chérie, on est sur l’autoroute et c’est trop dangereux.

Sabine aime les animaux. Elle ramène des chats perdus et des oiseaux blessés à la maison. Mais pour les cochons, elle n’a pas encore trop compris ce qui leur arrivait. Et son père espère la maintenir dans l’ignorance le plus longtemps possible… elle comprendra quand elle sera plus grande…

Les pauvres! Ils aimeraient certainement boire eux aussi, dit Sabine en s’agitant sur son siège.

Y en a combien, dis, Sabine? demande le petit garçon.

Cochonfourchette

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